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LOI D'AVENIR
14.06.2018

Du rôle des subventions en agriculture. Un Ministre ignorant ?

14.06.2018 -
J’ai écouté, dimanche 20 mai 2018, les propos de notre ministre de l’agriculture, Stéphane Travert. J’ai tendu l’oreille tant il est rare qu’il s’exprime. Tant mieux diront certains... Le moins que l’on puisse en dire, c’est qu’il n’est pas flamboyant. Il essaye laborieusement de ratisser large en donnant un peu à chacun. Il a affirmé mollement qu’il était à l’écoute de tous les agriculteurs de tous leurs représentants syndicaux...

Il était interrogé principalement sur la loi alimentation censée restaurer le revenu des agriculteurs. Intention louable mais dont on peut douter qu'elle aboutisse dans la mesure ou il ne faut pas faire de misère à quiconque surtout pas la grande distribution dont on connait l'incontournable nécessité économique pour les consommateurs que nous sommes. Sic! Bref comme le projet ne vole pas haut, il ne se fera pas de mal s'il doit retomber!

 

Une phrase à propos des aides m'a particulièrement interrogé dans la bouche du Ministre. Après avoir dit que la France se battrait jusqu'au bout de ses forces pour maintenir le budget agricole européen à son niveau actuel,  il s'est empressé de rajouter prudemment qu'il a entendu « tous » les agriculteurs dire qu'ils veulent vivre de la vente de leurs produits pas des aides. Certes, cette phrase est souvent prononcée y compris par ceux qui en bénéficient le plus… de ces aides. 

Le Ministre semble ignorer que la fonction première d'une aide, d'une subvention est d'orienter une politique agricole. L'aide financière est l'arme principale du Politique pour mettre en place « La Politique » qu'il souhaite. Les lois Pisani, la PAC* ont eu une influence déterminante sur l'évolution de l'agriculture. C'est bien les majorations des aides PAC* à l'irrigation qui a permis le développement du maïs. A l'inverse c'est bien les aides ICHN* (Indemnité Compensatoire de Handicaps Naturels), qui ont sauvé l'agriculture de montagne. Les objectifs fixés pour le développement de l'agriculture biologique ne seront atteints que si l'aide à la reconversion permet aux agriculteurs conventionnels d'être soutenus dans la période intermédiaire où ils n'ont plus le niveau de productions précédents et pas encore le bénéfice des plus-values commerciales de la Bio.  

Si le courageux Ministre Réformateur à tout va, Travert, voulait mettre fin à la désertification des campagnes, c'est en se battant pour des aides PAC* à l'UTH* (Unité de Travail Humain) et pas à l'hectare, qu'il y parviendrait.

Pour en revenir à Pisani, il avait pour mission de sortir la France et l'Europe de la pénurie alimentaire et pour cela de moderniser l'agriculture. C'est à travers les aides structurelles qu'il y est parvenu. Il a dit plus tard, trop tard, que quand une politique a atteint son objectif, il faut la changer en fixant d'autres objectifs. En clair, c'est dans les années 70 qu'il aurait fallu réorienter les lois de modernisation de l'agriculture.

J'ai longtemps participé à l'ONILAIT comme représentant de la commission Caprine de la Conf. On y retrouvait les composantes de l'interprofession, collèges producteurs / industriels / coopération mais aussi l'Etat. C'est le représentant du ministère qui arbitrait les décisions et qui les mettait en place à l'aide de subventions d'orientation. 

Je voulais donc lancer cet appel à Travers. Nous ne sommes pas contre les aides intelligentes qui permettraient de mettre en place une agriculture paysanne souhaitée par une immense majorité des citoyens. Nous sommes contre celles qui contribuent à la liquidation des paysans. 

Si le ministre veut sauver les agriculteurs français comme il l'affirme, c'est avec des aides judicieusement attribuées qu'il y parviendra, pas avec des discours démagogiques ou même la nième loi agricole.

 

Jacques Chèvre – Eymet – 21 mai 2018

 

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