Dordogne

UN JOUR, UNE FEMME... GAEC FONT DE LA MAY

Un jour, une femme... a accepté la responsabilité de porter notre projet syndical à la Chambre d'agriculture, c'est en Dordogne et c'est Michèle Roux...

Oui .. Elle l'a accepté... parce que nous le lui avons demandé. Nous le lui avons demandé parce que toute l'équipe de la Conf' a pu apprécié ses qualités d'analyse et de gestion, le dynamisme et l'engagement sans faille qu'elle met au service de notre syndicat depuis des années ; son engagement au niveau national (au Comité national de la Conf'), dans différentes luttes collectives (lait notamment), son encrage dans la ferme familiale et ses contacts avec de nombreux paysans, mais aussi son engagement pour la Palestine, lui donnent une vision clairvoyante, globale, mais concrète et pragmatique de l'agriculture, une vision ouverte qui l'a tout naturellement amené à nous représenter.

C'est parce qu'une équipe formée de paysannes et de paysans divers, différents, mais portés par une approche commune d'une agriculture vivante et riche, est là, prête à travailler collectivement, qu'elle a accepté d'en être la première représentante : pas dogmatique, mais fortement ancrée dans ses valeurs, positive, elle avance ! Elle forge ses convictions dans le dialogue et l'ouverture et puise sa force dans le collectif... Sa passion, c'est le collectif... Pour mieux la connaître et la comprendre,nous avons donc voulu vous la présenter dans sa ferme familiale qui est aussi son premier soutien, sa première source…

Michèle, petite-fille de paysans vosgiens, fait des études agricoles. Mais très rapidement dans sa formation, elle remet en cause le système dominant : lors d'un stage dans le Cantal où elle prépare un rapport sur l'élevage des vaches en système herbager, elle démontre alors que le meilleur pour les vaches c'est ... l'herbe, et que ça serait même mieux pour le paysan : moins de charges, moins de travail, plus d'autonomie (tiens, tiens...). Elle a rencontré des gens passionnants dans cette ferme de l'INRA, mais un d'entre eux qui était en stage, a plus particulièrement retenu son attention, un périgourdin au nom d'Alain …. c'est comme ça qu'elle s'est retrouvée en Dordogne, son diplôme en poche. Elle n'est installée en GAEC, que depuis 2004, développant une activité d'accueil, après une carrière de prof en lycée agricole qui l'a passionnée aussi.

La ferme, c'est entre Bergerac et Eymet, juste après la cave coopérative de Sigoulès, coopérative qui, lorsque nous arrivons sur les lieux, s'offre à notre regard, bien au centre du paysage, aussi bien depuis la porte de la maison que depuis la cour ou la stabulation... Alain, le mari de Michèle, m'explique : «mon grand père était parmi les fondateurs de cette cave, juste avan le deuxième guerre mondiale, car ils étaient surchargés à produire, vinifier et vendre par eux-mêmes.» et Michèle de préciser : «C'était très important pour les nombreux petits producteurs qu'ils étaient à l'époque de se mettre ensemble pour vinifier, améliorer la qualité et le travail, défendre leur produit».

Alain : «Aujourd'hui la cave coopérative c'est 50 000 hectolitres, une centaine producteurs, une vingtaine de vins différents et dans le haut de gamme «la Rose de Sigoulès» avec une belle étiquette, qui se décline comme les autres en divers rouges et blancs».

La cave, Alain la connaît bien car il y est administrateur de puis plusieurs années, il en est fier, tout comme Michèle car «se grouper pour agir», chez les Roux, c'est important ! Alain m'emmène voir les vignes, 15 ha, dont toute la récolte est livrée à la cave. Dans le GAEC, les vignes c'est lui ! Il est aidé par leur ouvrier, pour une partie de son temps, mais c'est Alain qui y passe une très grande partie de son temps, de sa vie... lui qui la travaille, lui qui taille, traite, décide ... et fait quelques insomnies depuis qu'ils ont engagé la ferme dans la conversion à la bio, il y a 3 ans : "Au niveau gestion de l'herbe c'est pas le plus difficile : on passe la lame inter-cep sur le rang, pour les inter-rangs, un sur deux est enherbé pour les passages fréquents en tracteur et un sur deux travaillé, pour limiter la concurrence, en eau surtout, avec engrais vert en automne et hiver ; on ne cherche pas à supprimer l'herbe mais à la limiter ; c'est pareil pour la maladie, on ne cherche pas à l'éradiquer mais à la contenir ! On surveille mildiou et oïdiums et on traite avec cuivre et soufre, seulement, et dans des proportions biens plus faibles qu'avant."

Véronique : «et alors le bio, pas trop dur ?».

Alain : "Le bio, c'est du travail en plus et des nuits de sommeil en moins !"

Véronique : Tu travailles la nuit ?

Alain : «Non, mais parce que c'est flippant dans les périodes critiques ! Non !... ça a été un super challenge de passer en bio ! Mais au départ je pensais pas qu'on allait y arriver.. mais c'est passionnant, et puis... on se sent bien ! de toutes façons, j'avais horreur de traiter.... et puis Manu est passionné, motivé, il se forme.»

Manu, c'est le fils, en Gaec* avec Alain et Michèle, c'est lui qui semble le rassurer : "Mon père est content, content parce qu'étonné ! Le bio ça fait peur quand on n'y est pas, parce que c'est plus technique... mais tout le monde peut y arriver ! La première chose c'est qu'il ne faut pas penser à ce que vont dire les voisins. A la campagne ce qui compte c'est l'apparence : il faut qu'un champ soit beau, propre... ou avec du blé bien vert, on se fout que t'y sois passé trois fois, ou si t'a mis beaucoup d'azote..., que l'érosion fasse ses dégâts sur une terre nue. Mais les choses bougent, et j'espère qu'on va enfin penser un peu plus à la quantité de pollution, de chimie ou de pétrole qui est là , derrière le vert, derrière le propre, derrière l'apparence..."

Emmanuel, s'est installé lui, en 2001 à la suite du départ d'un associé, resté 15 ans en GAEC avec Alain. Sa formation : BEPA (élevage, cultures fourragères) puis un Bac pro agricole (C.G.E.A) lui ont donné les bases théoriques et l'ouverture au niveau pratique. Bien que n'aimant pas beaucoup l'école, il va jusqu'au BTS ce qui lui donne des connaissances en gestion qu'il ne regrette pas. L'école, il ne l'a aimé qu'agricole, car c'était sa motivation : depuis l'âge de 13 ans il est sur le tracteur, depuis toujours il veut être paysan !

Son stage 6 mois en Irlande lui ouvre d'autres horizons et il apprend notamment à soigner les vaches par homéopathie. Manu, ses convictions, ses idées d'une autre agriculture, s'éloignant des sirènes du «produire plus pour gagner plus», de l'appel de tout le para-agricole et des organismes professionnels qui poussent à l'agrandissement, il les met en œuvre sur la ferme : Moi, mes idées, je les concrétise par des changements sur la ferme, qui passent par de la réflexion et de la technique, du concret, je ne me sens pas armé pour le syndicalisme.

Michèle renchérit avant de partir d'un grand éclat de rire : «On se partage les tâches, sur la ferme, le syndicalisme c'est moi ! je me sacrifie !». Et à ma question «t'aimes çà ?» elle me répond d'un oui franc et massif !

Manu confirme, «ma mère elle a toujours rêvé d'être agricultrice mais en ce moment elle passe beaucoup de temps au syndicat...». Mais pour elle «ça fait partie de notre métier !»

Manu a soif d'agronomie et d'expérimentation "en parallèle de la conversion à la bio, je pratique le non-labour et met en place des cultures sur couvert comme par exemple sorgho sur luzerne, beaucoup de choses sont encore des essais, mais je fais des formations, je cherche, j'expérimente : Quel couvert végétal, à quel moment le détruire, quelles associations ? Mon but c'est l'autonomie et pas que des vaches... des cultures, du sol aussi !" À la question classique : «alors plutôt éleveur ou plutôt cultivateur ?» il répond sans hésiter : «pour moi c'est indissociable, c'est le même métier» avant d'ajouter, au cas où on n'aurait pas compris... «si on veut être autonome». Manu est aussi très investi à la CUMA (il en est le secrétaire). Sur la ferme la plupart des outils sont en CUMA, sauf les tracteurs car en tant qu'éleveur on s'en sert tous les jours.

Il faut dire que pour les vaches laitières l'autonomie alimentaire est réalisée depuis longtemps, ce qui a facilité le passage en bio, grâce à la luzerne et au méteil, qui sont, d'après Alain «les deux mamelles du GAEC». Ce qui leur manque c'est un peu plus de pâturages à proximité des étables !

Les décisions, ils les prennent tous les trois, d'après leurs goûts, leurs souhaits, leurs idées et leurs passions, mais seulement après analyse de la comptabilité faite par Michèle ! «Sur cette ferme, on pourrait travailler plus nombreux», pense Michèle. Il n'est pas exclu que Mireille, l'épouse de Manu, puisse intégrer la ferme : des projets, des idées, c'est pas ça qui manque : la transformation ou développer l'activité d'accueil par exemple. Une ferme c'est toujours en mouvement, c'est un organisme vivant, et puis il faudra bientôt penser au remplacement d'Alain…

On repart avec l'impression d'une synergie, que le groupe permet à chacun de se réaliser. Alain, le taiseux a des capacités d'adaptation insoupçonnées... peut-être y compris par lui même ! Et quand je lui demande ce qu'il pense des engagements de sa femme, il me répond : «elle sait le faire, elle le fait». C'est vrai qu'il ne parle pas pour ne rien dire...

Alors, oui, on s'engueule parfois au GAEC du Font de la May, mais chez ces gens là... on se fait confiance, chacun peut vivre sa passion, ce qui les réunit c'est la grande passion de l'Agriculture...Paysanne bien sûr !

Véronique Cluzaud

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